Infirmiers : ce qui change vraiment avec les arrêtés du 26 juin 2026
Deux arrêtés publiés au Journal officiel du 27 juin 2026 redéfinissent en profondeur le métier d'infirmier diplômé d'État. Le premier élargit considérablement le droit de prescription de l'IDE ; le second réécrit la liste des actes et soins qu'il peut réaliser. Ensemble, ils consacrent une autonomie inédite et réorganisent la collaboration au sein des équipes. Tour d'horizon des évolutions à connaître, applicables au plus tard le 30 juin 2026.
Une consultation infirmière autonome reconnue
C'est sans doute le changement le plus structurant : l'infirmier est désormais habilité à conduire, en autonomie, de véritables consultations infirmières. Elles peuvent se tenir en établissement de santé, en établissement médico-social, en cabinet libéral, au domicile du patient ou dans toute structure autorisée à dispenser des soins infirmiers.
Chaque consultation est tracée dans le dossier du patient. Pour l'exercice libéral, le périmètre et les conditions de remboursement seront fixés par la convention avec l'Assurance maladie. Cette reconnaissance institutionnelle accompagne une montée en compétences sur l'évaluation clinique : examen clinique infirmier, repérage de la souffrance psychique et du risque suicidaire, évaluation de l'autonomie, de la dénutrition, du risque de chute ou des addictions.
Un droit de prescription nettement élargi
L'IDE peut désormais prescrire ou renouveler une large palette de produits de santé et d'examens. Parmi les nouveautés marquantes :
- Vaccination : prescription et administration de l'ensemble des vaccins du calendrier vaccinal aux personnes de 11 ans et plus (hors vaccins vivants atténués chez l'immunodéprimé), de la grippe saisonnière dès 11 ans et de la covid-19 dès 5 ans, que la personne soit ciblée ou non par les recommandations.
- Plaies : prescription des pansements et du matériel associé (pour une durée initiale de 7 jours), des dispositifs anti-escarre, de la contention, ainsi que de certains produits comme les antiseptiques à large spectre ou le nitrate d'argent, dans des conditions précises.
- Santé sexuelle et reproductive : renouvellement de la contraception orale (6 mois maximum, non renouvelable), prescription de préservatifs, de contraceptifs d'urgence, du dosage des bêta-HCG et des tests de dépistage des IST.
- Sevrage tabagique : substituts nicotiniques et bilan sanguin cardiovasculaire.
- Douleur : antalgiques de palier I, y compris en indication antipyrétique, et adaptation des posologies.
- Examens biologiques : NFS, ionogramme, ECBU avec antibiogramme, glycémie, créatininémie, HbA1c et renouvellement de l'INR sous AVK, selon des conditions encadrées.
Ces nouvelles prescriptions s'accompagnent de deux garde-fous : toute prescription est inscrite au dossier patient ou au DMP, et le pharmacien doit pouvoir consulter la prescription initiale lors d'un renouvellement à l'identique. À noter, les anciennes listes restreintes — l'arrêté de 2012 sur les dispositifs médicaux et celui de 2023 sur les vaccins — sont abrogées.
La prise en charge autonome des plaies
L'infirmier prend désormais en charge, de manière autonome, la prévention, l'évaluation et le traitement des plaies chroniques et aiguës. Cette compétence s'accompagne d'exclusions clairement définies qui imposent une orientation médicale : plaie du pied diabétique, plaie oncologique ou post-radiothérapie, plaie qui s'aggrave malgré les soins, brûlure sur terrain à risque (dont l'enfant de moins de 3 ans), plaie post-chirurgicale, balistique, du visage, ou plaie de la main au-delà d'une simple dermabrasion superficielle.
La démarche intègre l'identification des situations d'urgence, la caractérisation du lit de la plaie, l'analyse des facteurs de retard de cicatrisation, la mesure de l'index de pression systolique et la pose de dispositifs de compression en situation clinique simple.
De nouvelles responsabilités cliniques
Plusieurs actes jusqu'ici hors champ entrent dans le périmètre infirmier, notamment :
- le constat et la rédaction des certificats de décès, selon les modalités du code général des collectivités territoriales ;
- la mise en œuvre, la surveillance et l'évaluation de la sédation profonde et continue ;
- les soins de support en oncologie et en psychiatrie, la médiation thérapeutique ;
- les transports sanitaires paramédicalisés (UMH-P d'un SMUR, service de santé des sapeurs-pompiers).
L'éducation thérapeutique est elle aussi confortée, avec une démarche complète allant du diagnostic éducatif à l'évaluation des compétences acquises, incluant le champ de la santé mentale.
Une délégation formalisée vers les équipes
Le texte précise enfin le cadre dans lequel l'infirmier peut confier, sous sa responsabilité, certains soins aux aides-soignants, auxiliaires de puériculture et accompagnants éducatifs et sociaux. Recueil de paramètres, aide aux soins d'hygiène, prévention des escarres, surveillance non invasive : la répartition des rôles est désormais explicitée, ce qui sécurise la coopération au quotidien.
En pratique : ce qu'il faut retenir
Pour les équipes, ces textes signifient à la fois plus d'autonomie et plus de responsabilité. Quelques réflexes à adopter dès maintenant :
- Vérifier ses formations : la prescription de vaccins nécessite une déclaration à l'ordre et, le cas échéant, une attestation de formation (dispense pour la grippe et la covid-19 seules).
- Sécuriser la traçabilité : chaque prescription et chaque consultation doivent être documentées au dossier patient ou au DMP.
- Connaître les exclusions : en particulier sur les plaies, savoir identifier les situations qui imposent une orientation médicale.
- Anticiper l'organisation d'équipe : la délégation aux aides-soignants et AES gagne à être formalisée dans les protocoles de service.
Ces évolutions traduisent une reconnaissance forte de la compétence infirmière et un repositionnement de la profession au cœur du parcours de soins. Elles appellent une appropriation rapide par les équipes pour en faire un véritable levier de qualité et d'accès aux soins.
Cet article a une vocation d'information générale. Pour l'application précise à votre exercice, reportez-vous au texte intégral des arrêtés du 26 juin 2026 (NOR SFHH2617311A et SFHH2610764A) publiés au Journal officiel du 27 juin 2026.



