Potentiel de la greffe de graisse sur les plaies cutanées radio-induites

Les mains gantées d'un soignant en train de faire un pansement de brulure

Alors que le taux de survie des malades du cancer augmente, de plus en plus de personnes vivent avec les effets secondaires des traitements anticancéreux tels que des plaies cutanées chroniques radio-induites qui peuvent conduire à des problèmes esthétiques et fonctionnels graves.

De récentes études suggèrent une approche prometteuse : la greffe de graisse. Une telle procédure libèrerait la puissance curative et régénérative des cellules souches naturelles du tissu adipeux. Le Dr J. Peter Rubin du département de chirurgie plastique du Centre médical de Pittsburgh, auteur de l’une de ces études, affirme que la greffe de graisse peut rendre à la peau son aspect, restaurer la perte de volume de tissu mou et aider à soulager la douleur et la fibrose chez les patients présentant des plaies cutanées radio-induites suite à un traitement antitumoral.

Bien que prometteuses, les recherches actuelles présentent d’importantes lacunes qui rendent difficiles pour l’instant de déterminer avec précision les bénéfices de la greffe de graisse.

Les patients atteints de cancer sont pour la plupart soumis à radiothérapie. Le turn-over épidermique étant rapide, les cellules de l’épiderme sont extrêmement sensibles aux effets du rayonnement. Au cours des premiers mois qui suivent le traitement, de nombreux patients développent des plaies aigües radio-induites avec inflammation cutanée, desquamation, gonflement, douleur et démangeaison. Dans la plupart des cas, les symptômes se résorbent avec le temps. Cependant, si l’inflammation persiste, les plaies radio-induites peuvent devenir un problème chronique qui conduit à une peau rigide et durcie (fibrose) avec un risque de mauvaise cicatrisation des plaies, d’ulcères ou de perte de tissu.

La greffe de graisse – consistant à transférer les cellules adipeuses du patient d’un endroit à un autre – est amplement utilisée dans de nombreuses procédures de chirurgie plastique esthétique et reconstructive. Dans des cas de cancer du sein, cette procédure a contribué à réduire la douleur ainsi que les autres symptômes de plaies cutanées radio-induites, comme le démontre l’apparence cellulaire normale des cellules cutanées au microscope. Dans d’autres études, la greffe de graisse a conduit à une réduction des risques et à de meilleurs résultats dans la reconstruction mammaire suite à une mastectomie. Chez les patients présentant des plaies radio-induites après un traitement pour un cancer de la tête ou du cou, la greffe de graisse a amélioré la voix, la respiration, la déglutition et le mouvement. De bons résultats ont également été constatés chez les patients présentant des plaies cutanées radio-induites autour des yeux ou sur les membres. Alors que la recherche se poursuit, il semblerait que les bénéfices de la greffe de graisse proviennent des nombreux effets des cellules souches du tissu adipeux : cicatrisants, antioxydants, immunomodulateurs, régénérateurs et autres.

Cependant, les preuves disponibles présentent un certain nombre d’inconvénients : échantillonnages insuffisants, projets de recherche de qualité insuffisante et manque de groupes de comparaison. Les variations dans la collecte et le traitement des cellules adipeuses, ainsi que le timing et les doses de greffe de graisse, rendent difficile la comparaison des résultats entre les différentes études. Certaines questions sur les risques potentiels liés à l’injection de cellules souches du tissu adipeux restent sans réponse et des préoccupations persistent sur le fait que la greffe de graisse pourrait altérer le suivi des cancers.

Il est donc nécessaire d’approfondir la recherche afin de clarifier les bénéfices de la greffe de graisse dans le traitement des plaies radio-induites de la peau et des tissus mous, et cela passe également par des évaluations cliniques et des études d’imagerie, des tests sur la biomécanique cutanée et sur la circulation et des analyses au niveau cellulaire. Des mesures standardisées sont également nécessaires si l’on veut comparer les résultats entre les différentes études.

Sources :

News medical

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