Le Béta-caryophyllène favorise la cicatrisation de multiples façons.

Des morceaux de carotte posés sur un rond en bois

Partie 3/3
Les récepteurs olfactifs ne sont pas impliqués dans la cicatrisation
Le Beta-caryophyllène (BCP) est un odorant. Lorsque les souris sont traitées localement au BCP, elles sont exposées à son odeur et il existe la possibilité que le système olfactif joue un rôle dans l’amélioration de la ré-épithélialisation due au BCP. De plus, les récepteurs olfactifs sont exprimés dans les tissus non-olfactifs. Un odorant synthétique analogue au bois de santal, le sandalore, est le ligand du gène du récepteur olfactif OR2AT4, et ces récepteurs OR2AT4 sont exprimés dans la peau humaine. Pour cette raison, les odorants peuvent produire un impact direct sur les tissus non olfactifs tels que les tissus cutanés, sans passer par les voies du système olfactif qui mènent au cerveau et influencent le statut émotionnel. Il existe la possibilité que l’impact du BCP ait été transmis par les récepteurs olfactifs exprimés dans la peau.

De multiples expériences ont été réalisées afin d’examiner si le système olfactif et/ou les récepteurs olfactifs exprimés dans la peau contribuent à favoriser la ré-épithélialisation après exposition au BCP. Il a tout d’abord été déterminé si les souris étaient capables de sentir le BCP en testant l’expression d’une protéine de gène immédiat précoce dans le bulbe olfactif de souris exposées au BCP. Une expression claire de la protéine c-FOS ayant été révélée, il est fort probable que les souris sentent le BCP. Des tests déterminant si l’exposition au BCP, uniquement par voie aérienne, de souris présentant des lésions, pouvait produire un impact similaire à celui de l’application locale n’ont montré aucune amélioration de la ré-épithélialisation. Il a été clairement démontré que le système olfactif n’était pas impliqué de façon significative dans l’impact du BCP sur la ré-épithélialisation.

Afin d’examiner si les récepteurs olfactifs exprimés dans le système non olfactif sont impliqués, l’épithélium olfactif a en premier lieu été examiné après une heure d’exposition au BCP de souris sans lésion, afin d’identifier les gènes des récepteurs olfactifs pour le BCP en utilisant la pS6-IP RNA seq. Une réduction du champ des candidats des gènes de récepteurs olfactifs au BCP a été effectuée. On sait que les odorants stimulent un nombre limité de types de récepteurs olfactifs. Étant donné que le BCP utilisé n’était pas pur à 100 %, de nombreux gènes de récepteurs olfactifs étaient régulés positivement suite à l’exposition au BCP, et Olfr340 présentait le plus grand taux et une valeur P significative. Après cette étape, les résultats du séquençage de l’ARN de la peau ont été analysés afin de déterminer si les gènes des récepteurs olfactifs régulés positivement dans l’épithélium olfactif après exposition au BCP s’exprimaient dans la peau et se régulaient positivement après une application locale de BCP. De nombreux gènes des récepteurs olfactifs s’exprimaient dans la peau et l’un d’entre eux se chevauchait avec les gènes des récepteurs olfactifs régulés positivement dans l’épithélium olfactif (Olfr111), mais aucun n’était spécifiquement régulé positivement dans le groupe de souris traitées au BCP. Ces résultats ont permis de conclure que les récepteurs olfactifs exprimés dans la peau n’étaient pas impliqués dans l’amélioration de la ré-épithélialisation par exposition au BCP.

Influences synergétiques par exposition au BCP

La cicatrisation d’une plaie commence par la phase inflammatoire et passe ensuite à la phase de prolifération cellulaire. Le BCP étant un agoniste du récepteur CB2, l’assomption était qu’il pouvait favoriser la cicatrisation en diminuant la douleur et en réduisant les signaux pro-inflammatoires, mais également en accélérant le passage à la phase de prolifération cellulaire. Cependant, les résultats suggèrent que le BCP pourrait avoir un impact direct sur la prolifération et la migration cellulaires concomitantes avec une réduction de l’inflammation. Le BCP stimule également la mitogenèse des cellules souches des follicules pileux. Les cellules souches des follicules pileux participent à la ré-épithélialisation en présence d’une plaie cutanée ; cette étude suggère que l’amélioration de la ré-épithélialisation après exposition au BCP est due à une production majeure de cellules souches des follicules pileux dans le bulbe, production stimulée par le BCP, ainsi qu’à la migration de ces cellules souches vers l’épiderme et le lit de la plaie.

Le BCP ralentit l’apoptose et la nécroptose, augmentant ainsi la possibilité qu’une réduction de la mort des cellules permette une meilleure survie et prolifération cellulaires. Il s’est avéré que l’élimination du gène Septin4 (Sept4) protège les cellules de la mort cellulaire et favorise la cicatrisation, cependant, dans l’étude, Sept4 n’était pas régulé positivement et ne semble pas être impliqué dans la ré-épithélialisation favorisée par le BCP. Il est possible que l’exposition au BCP génère un environnement cicatriciel spécifique par régulation positive des gènes liés à la croissance embryonnaire, comme l’ont suggéré les résultats des analyses du transcriptome.

Ces études se concentrent sur la phase précoce après incision cutanée. D’autres études ont montré que les oxydants dérivants des cellules inflammatoires sont impliqués dans la cicatrisation fibreuse, ce qui suggère que la suppression de l’inflammation à travers l’activation des récepteurs CB2 par le BCP, en plus de réguler positivement les gènes liés à la croissance embryonnaire, réduiraient fort probablement la formation de cicatrice fibreuse. Ces possibilités doivent être étudiées à l’avenir à travers des tests sur l’influence à l’exposition au BCP lors de la phase tardive suite à une lésion.

Les odeurs nous influencent plus que nous ne le pensons

Il y a de cela plusieurs décennies, le premier rapport est parvenu indiquant que les récepteurs olfactifs étaient exprimés dans les régions non-olfactives et que les odeurs avaient des fonctions autres que la communication olfactive et phéromonale. Ces observations sur le fait que le BCP active de multiples types de récepteurs dans la peau révèlent ultérieurement la complexité de la signalisation chimique. Bien que les humains se basent principalement sur des stimuli visuels et auditifs pour la communication, il est important de comprendre la façon dont les odeurs présentes dans l’environnement, qu’elles proviennent d’autres personnes ou des plantes, pourraient influencer notre condition. De plus, le BCP n’est qu’un des composants présents dans les huiles essentielles des extraits de plantes. Une analyse ultérieure des composants des extraits de plantes pourrait conduire à d’autres molécules utiles bénéfiques à notre santé.

Sources :

https://journals.plos.org/plosone/articleid=10.1371/journal.pone.0216104

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